Description de l’image : Un jeu de grandes clés d’inspiration vintage repose sur un plat antique en céramique blanche sur un fond de tissu crème.
Crédit photo : Lindley Ashline

Cet article fait partie d’une série de trois sur l’approche Health at Every Size(R).

Il a été rédigé par moi, Marilou Morin, Nutritionniste Bienveillante de Manger en Harmonie, avec la collaboration de Julia Lévy-Ndejuru Dt.P. de nutritionpositive.ca.

Dans les deux premières parties de cette série (partie 1, partie 2), ma collègue Julia Lévy-Ndejuru Dt,P, de Nutrition Positive et moi-même, nous vous avons partagé les fondements de l’approches Health at Every Size, Sa raison d’être et son historique.

Cette approche inclusive à l’égard du poids commence tout juste à faire du bruit au Québec, autant au sein des professionnel.le.s de la santé que dans les médias. Dans cet article final de notre série de trois, nous souhaitons démystifier quelques croyances populaires et répondre aux questions qui nous sont les plus fréquemment posées face à cette approche et notre pratique. 

Note: depuis que cet article a été écrit, Edith Bernier a sorti son livre Grosse, et puis? Aux éditions Trécarré. Vous y trouverez de superbes réflexions et compléments d’information sur la grossophobie.

  • Peut-on réellement être en santé à n’importe quel poids?

Tout d’abord, il est primordial de rappeler que toute personne définit pour elle-même ce que veut dire ’être en santé’ et choisit si c’est une valeur à laquelle elle adhère car la santé n’est pas une obligation morale. 

L’approche Health at Every Size® prône des soins dans le respect et la dignité pour tous et la possibilité d’adopter des comportements favorables à son bien-être peu importe son poids.

Il est vrai que plusieurs conditions médicales sont associées à un poids plus élevé. Remarquez le choix de mot… associées. Vous l’avez peut-être déjà entendu : corrélation n’égale pas causalité. On remarque donc une augmentation de la prévalence de certaines conditions médicales chez les personnes grosses. Toutefois, il n’est pas démontré que ce soit le poids (ou le gras) qui soit en cause ou qu’une perte de poids améliorerait ces conditions médicales. Nous abordons cette question plus en détail dans notre premier article de la série.

Par ailleurs, plusieurs études démontrent qu’il y a une étroite association entre la santé et la fluctuation du poids (weight cycling)1,2, le niveau de fitness3, les relations, l’isolement, le sens de la communauté, les expériences négatives et traumatismes vécus dans l’enfance ainsi que les déterminants sociaux de la santé (comme le revenu, l’éducation, la discrimination (dont la grossophobie), les traumatismes intergénérationnels, l’accès aux soins et le racisme)4. Association qui serait plus importante que les choix et comportements individuels.

 

  • On parle beaucoup de personnes grosses avec cette approche. Comment s’applique-t-elle chez les personnes de petit poids?

Bien que nous pouvons tous vivre des insatisfactions corporelles et avoir une image corporelle négative, la réalité demeure qu’une personne non-grosse bénéficie de multiples privilèges (connus sous le nom de thin-privilege) en comparaison à une personne grosse.

Est-ce qu’une personne peut être sous son poids d’équilibre? Bien sûr.  Cela peut être causé par la malnutrition, l’anorexie nerveuse, la dépression ou le dérèglement de la thyroïde, entre autres. Dans ces situations, les symptômes sont adressés et non seulement le poids. La diversité corporelle allant dans un sens comme un autre, il est important de se rappeler que certaines personnes sont naturellement très minces.

 

  • Je suis en faveur de l’acceptation de soi et de la diversité corporelle. Toutefois, la santé demeure importante non?

 L’acceptation corporelle contribue au désir de prendre soin de son corps et de sa santé bien plus que la culpabilité et la honte. 

Tracy Tylka le résume bien : “Veillez à ce que toutes et tous, peu importe leur poids, reçoivent des soins de santé et de bien-être optimaux en reconnaissantque les corps se présentent naturellement sous différentes silhouettes et tailles.”5 (Traduction libre)

 La littérature scientifique nous démontre plusieurs choses à cet effet :

  1. Les fluctuations de poids (le fameux effet yo-yo observé chez plusieurs adeptes des régimes) et la stigmatisation à l’égard du poids6,7 ont des effets nocifs sur la santé. (Petit aparté : quand on parle de stigmatisation, ça inclut les micro-agressions.) Une étude de Lissner et al a observé que la fluctuation du poids était associée à une augmentation de la mortalité totale, ainsi que la mortalité et morbidité due aux maladies coronariennes, sans égard à l’indice de masse corporelle et d’autres facteurs confondants comme le tabagisme8.
  1. La restriction est le meilleur indicateur de prise pondérale. Le sujet a été discuté dans le premier article de notre série et ici.
  1. Une amélioration des habitudes de vie grâce à l’écoute des signaux corporels et le respect du corps améliore certains marqueurs de santé (pression artérielle, cholestérol, dépression, etc) sans égard au poids.9,10
  1. Une approche neutre à l’égard du poids permet une meilleur adhérence au niveau du changement des habitudes de vie ayant de nombreux bénéfices sur la santé.9

 

  • Mais il me semblait qu’une perte de poids est recommandée pour plusieurs conditions de santé (stéatose hépatique, diabète, cholestérol, etc.)?

 C’est ce qui est observé en pratique courante oui, mais il y a trois gros mais.11

Mais #1 : Les personnes minces ou ayant un corps standard peuvent aussi recevoir ces diagnostics. Que leur suggère-t-on alors? Certainement pas une perte de poids. Sur le plan individuel, des médicaments, une thérapie, des changements au niveau des habitudes et comportements alimentaires, l’ajout de mouvement peuvent, entre autres, être proposés.

Mais #2 : Dans les études qui supportent l’amélioration des marqueurs de santé suite à une perte de poids, les individus apportent des changements dans leurs habitudes de vie. Or, il a été démontré qu’une amélioration des habitudes alimentaires et de l’activité physique peut améliorer la santé même en l’absence de perte de poids.9,10 

Mais #3 : Il existe de nombreuses preuves que l’accent mis sur le poids et la perte de poids est lié à une diminution de la santé.5 (Voir point #3)

Conclusion? Miser sur des facteurs modifiables, sans égard au poids, est davantage garant d’améliorations dans les marqueurs de santé à long-terme. Rappelons que le poids n’est pas un comportement et qu’on a beaucoup moins de contrôle sur celui-ci que la culture des régimes nous le fait miroiter.

 

  • De toute façon, ce n’est qu’une question de manque de volonté si les personnes n’arrivent pas à perdre du poids ou le maintenir.

C’est non seulement faux, mais très réducteur et stigmatisant comme phrase. Ce sont plutôt les régimes, la restriction, le “faire attention” qui ne peuvent soutenir une perte de poids à long terme.

12 Nous avons toutes les deux abordé le sujet sur nos blogues respectifs (À lire : Les régimes ne fonctionnent pas, La lune de miel: Le seul régime qui « marche » et « New Year, New Me »? Essaie plutôt « New Year, Yay Me! »)

 

  • Peut-on dire qu’une personne a le droit d’être grosse SI elle s’alimente bien et SI elle fait de l’exercice physique? 

Le concept du “good fatty”? Non. Absolument pas. JeJe vous invite à lire Myriam Daigneault-Roy qui a écrit sur le concept de de “la bonne grosse”. Elle y répond bien mieux que nous.

Mettons les choses au clair. Une personne n’est pas bonne ou mauvaise si elle a (ou pas) comme valeur sa santé. Dans tous les cas, chaque être humain mérite dignité et respect et a une autonomie entière sur son corps. 

Petit rappel du lien entre le poids et la santé au point 1 😉

En tant que nutritionnistes-diététistes, nous reconnaissons qu’une saine relation à la nourriture, manger une variété d’aliments et intégrer du mouvement dans nos habitudes de vie jouent un rôle au niveau de la santé globale. Ce ne sont simplement pas les seuls facteurs à prendre en compte. 

 

  • Être contre la perte de poids, c’est être contre les individus souhaitant une perte de poids et contre la santé.

Une petite clarification s’impose. Les professionnel.les ayant une pratique inclusive à l’égard du poids ne sont pas contre les personnes qui souhaitent perdre du poids. L’autonomie de chaque individu est reconnue et respectée.

Les systèmes d’oppression qui font croire qu’un type de corps est favorable à un autre sont bien réels et c’est plutôt contre eux qu’ils en ont.

La perte de poids comme solution unique à tous les maux? Non. Surtout considérant son inefficacité et le tort qu’elle peut causer. Nous en parlons amplement dans cette série d’articles.

 

  • Vous faites la promotion de “l’o**sité”!

Parler d’inclusivité et de diversité corporelle ne fait que montrer que chaque être humain mérite d’être traité avec respect et dignité, peu importe la grossophobie présente dans la société, les médias et le corps médical.

Montrer des corps de toutes les tailles et silhouettes ne peut que nous aider à défier nos biais et nos préjugés et aider une partie de la population sous- représentée à s’accepter. D’ailleurs, si vous souhaitez lire un cri du coeur sur comment le fat acceptance peut sauver une vie, c’est signé Gabrielle Lisa Collard et c’est puissant : Oui mais les facteurs de risque (ou comment le Fat Acceptance a sauvé ma vie)

Beth Gillette et Édith Bernier ont aussi écrit une réponse à cette question que je vous encourage fortement à lire. 

  • Et si la grosseur du corps interfère avec la qualité de vie?

Il est possible qu’une personne expérimente des désagréments, des limitations physiques, des inconforts, des douleurs, une détresse psychologique ou autre en raison d’un poids élevé. Respecter l’expérience du vécu et écouter avec compassion et bienveillance est toujours de mise. 

Comme professionnel.le.s de la santé consulté.e.s pour cette raison, nous avons plusieurs questions à nous poser. Premièrement, qu’est-ce qui est verbalisé comme limite, souffrance, inconfort (pas ce que nous présumons)? Deuxièmement, quels sont les objectifs de l’individu et sur quoi a-t-il.elle un pouvoir d’action? Notre rôle : l’accompagner vers un choix éclairé.

Prenons l’exemple d’une personne qui ne peut pas mettre ses souliers en raison de la taille de son corps ou ses capacités. Une solution proposée pourrait être de consulter un.e ergothérapeute pouvant apporter diverses stratégies et aides techniques.

 

  • On entend beaucoup parler du rôle que l’inflammation joue dans les maladies chroniques et que la perte de poids est une des solutions. Quoi en penser?

Nous pourrions faire un article complet sur le sujet car il est vrai que l’inflammation est présente dans le cas de nombreuses conditions médicales. Ce qui est intéressant dans cette situation, c’est ce que nous revenons encore à la règle statistique qu’une corrélation n’est pas causalité. 

Dans son récent livre Anti-Diet, Christy Harrison a fait une revue de littérature exhaustive afin de faire ressortir les causes possibles de l’inflammation, nommons notamment la précarité financière, un faible statut social, être sans emploi ou subir de la stigmatisation et de la discrimination à l’égard du poids ou de la race.

“In other words, having bad shit happen to you – especially experiences of social injustice – is a risk factor for both increased inflammation and chronic disease.” – Anti-Diet, Christy Harrison

 

  • Mais la santééééééé? 

Oui nous remettons cette question sur la santé parce que c’est celle qui revient le plus souvent, sous toutes formes et variations.

En août 2020, Your Fat Friend a publié un article dans SELF sur le Healthism (concept décrit par Robert Crawford en 1980) qui apporte d’autres réponses à la question.

«Pour Crawford, la santé est intrinsèquement politique et reflète les systèmes qui créent et perpétuent la pauvreté, le racisme, la misogynie, etc. Sous le Healthism, la santé devenait une question individuelle et non systémique, signifiant que l’individu était principalement responsable de sa propre santé. « Pour être plus en santé, la solution réside dans la volonté de l’individu à résister à la culture, à la publicité, aux contraintes institutionnelles et environnementales, aux agents pathogènes ou, tout simplement, à la paresse ou aux mauvaises habitudes de vie ».» – Traduction libre

Nous espérons que cette série d’articles a permis de clarifier l’approche inclusive à l’égard du poids qu’est le Health at Every Size®. 

Vous voulez travailler avec nous? Toutes les information sont sur nos pages respectives :

Julia Lévy-Ndejuru Dt.P. & Marilou Morin Dt.P.

 

Si vous êtes nutritionniste-diététiste ou étudiant.e en nutrition et souhaitez en apprendre davantage pour intégrer l’approche dans votre pratique, visitez notre site web pour voir notre offre de formation sur le sujet.

 

Références :

 

  1. Montani, J. P., Schutz, Y., & Dulloo, A. G. (2015). Dieting and weight cycling as risk factors for cardiometabolic diseases: who is really at risk?. Obesity reviews : an official journal of the International Association for the Study of Obesity, 16 Suppl 1, 7–18. https://doi.org/10.1111/obr.12251 
  2. Bacon, L. & Aphramor, L. (2011). Weight Science: Evaluating the Evidence for a Paradigm Shift. Nutrition journal. doi:10.1186/1475-2891-10-9  
  3. Barry, V. W., Baruth, M., Beets, M. W., Durstine, J. L., Liu, J., & Blair, S. N. (2014). Fitness vs. fatness on all-cause mortality: a meta-analysis. Progress in cardiovascular diseases, 56(4), 382–390. https://doi.org/10.1016/j.pcad.2013.09.002  
  4. Medvedyuk, S., Ali, A. & Raphael, D. (2017). Ideology, obesity and the social determinants of health: a critical analysis of the obesity and health relationship,Critical Public Health, DOI: 10.1080/09581596.2017.1356910 
  5. Tylka, T. L., Annunziato, R. A., Burgard, D., Daníelsdóttir, S., Shuman, E., Davis, C., & Calogero, R. M. (2014). The weight-inclusive versus weight-normative approach to health: evaluating the evidence for prioritizing well-being over weight loss. Journal of obesity, 2014, 983495. https://doi.org/10.1155/2014/983495   
  6. Tomiyama, A.J., Carr, D., Granberg, E.M., Major, B., Robinson, E., Sutin, A.R., Brewis, A., (2018). How and why weight stigma drives the obesity ‘epidemic’ and harms health. BMC Medicine. doi:10.1186/s12916-018-1116-5
  7. Wu Y & Berry D. (2017). Impact of weight stigma on physiological and psychological health outcomes for overweight and obese adults:A systematic review. J Adv Nurs. 1–13. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29171076/  
  8. Lissner, L., Odell, P. M., D’Agostino, R. B., Stokes, J., 3rd, Kreger, B. E., Belanger, A. J., & Brownell, K. D. (1991). Variability of body weight and health outcomes in the Framingham population. The New England journal of medicine, 324(26), 1839–1844. https://doi.org/10.1056/NEJM199106273242602  
  9. Bacon, L., Stern, J. S., Van Loan, M. D., & Keim, N. L. (2005). Size acceptance and intuitive eating improve health for obese, female chronic dieters. Journal of the American Dietetic Association, 105(6), 929–936. https://doi.org/10.1016/j.jada.2005.03.011  
  10. Bacon, L. et al. (2002). Evaluating a ‘non-diet’ wellness intervention for improvement of metabolic fitness, psychological well-being and eating and activity behaviors. International journal of obesity. doi:10.1038/sj.ijo.0802012  
  11. Sturgiss, E., Jay, M., Campbell-Scherer, D., & van Weel, C. (2017). Challenging assumptions in obesity research. BMJ (Clinical research ed.), 359, j5303. https://doi.org/10.1136/bmj.j5303 
  12. Rothblum, E. D. (2018). Slim chance for permanent weight loss. Archives of Scientific Psychology, 6(1), 63-69. http://dx.doi.org/10.1037/arc0000043

 

Share This